Je lis en ce moment ce livre Pierre Clastres : Chronique des Indiens Guayaki, Les indiens du Paraguay. Une société nomade contre l’État ,1972.
Je suis tellement prise par le texte, que chaque jour je n’ai qu’une hâte, me retrouver le soir, au calme, à lire les pages suivantes de ce récit passionnant.

Pierre Clastre passe en 1963 une année auprès des indiens Guayaki. Les Guayaki se nomment eux même Aché, les Personnes.
Je vous recopie ici, quelques citations qui m’ont marquées.

Chronique des Indiens Guayaki - Pierre Clastres

[Pierre Clastres n’arrive pas à obtenir de réponse à ses questions] « Alors me revient en mémoire ce que peu auparavant m’avait dit Alfred Métraux : « Pour pouvoir étudier une société primitive, il faut qu’elle soit déjà un peu pourrie. » Or j’avais devant moi, du moins avec les Iröangi, une société encore verte […] La société des Aché Iröangi n’était donc pas pourrie, sa bonne santé l’empêchait d’inaugurer avec moi, avec un autre monde, le discours de sa décadence. »

« Je tenais là, tout simplement, la nature essentielle du pouvoir politique chez les Indiens, la relation réelle entre la tribu et son chef. En tant que leader des Aché, Jyukugi devait parler, c’était cela qu’ils attendaient de lui […]. Un chef n’est point pour eux un homme qui domine les autres, un homme qui donne des ordres et à qui l’on obéit ; aucun Indien n’accepterait cela, et la plupart des tribus sud-américaines ont préféré choisir la mort et la disparition plutôt que de supporter l’oppression des blancs. Les Guayaki, séparaient radicalement le pouvoir et la violence : pour prouver qu’il était digne d’être chef, Jyukugi devait démontrer qu’à la différence du Paraguayen il n’exerçait pas son autorité moyennant la coercition, mais au contraire il la déployait dans ce qui est le plus opposé à la violence, dans l’élément du discours, dans la parole. »

Chronique des Indiens Guayaki - Pierre Clastres

« Chasser ce n’est pas simplement tuer des animaux, c’est contracter une dette à leur égard, dette dont on se libère en refaisant exister, dans la parole, les bêtes que l’on a tuées. »

A propos de l’initiation (scarification et tatouage):
« Or, pas plus que l’enfance, la jeunesse n’est éternelle, il y a un temps pour tout et tout est transitoire. Que serait un homme qui voudrait prolonger au-delà des délais tolérés sa liberté de betagi [non-initié], qui voudrait jouir sans limite du droit de conquérir les faveurs des femmes ? Il deviendrait une source de trouble et de conflit pour la tribu […]. Alors l’épreuve de la douleur atteste qu’il en est bien ainsi, il n’y a rien à dire, la souffrance ne veut que silence, elle paye la dette contractée auprès de la tribu, qui l’autorisa à séduire les femmes. […]
Peau labourée, terre scarifiée : une seule et même marque. Elle énonce la loi des choses et la loi des hommes, et dit en même temps l’énigme : le soleil et la lune, le jour et la nuit se succèdent paisiblement, mais ce retour éternel n’est pas pour les hommes. »

Voici les quelques notes que j’ai prises pour le moment...

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I am sorry for my english readers, it would have been quite difficult to translate all this properly, I hope google translate can be helpful, or maybe someone is up for a little translation exercise?...